Archive pour la catégorie 'Lectures'

Retraite et droit de vote

LE PAIN DES VIEUX JOURS EST UN ENJEU ELECTORAL

« 3 mai 1914. – Le scrutin, au lieu d’être un débat d’idées, tend de plus en plus à devenir pour l’électeur un placement et une affaire. Affaire qui paraît médiocre à première vue. Pourtant, si l’on songe que le bulletin de vote peut se monnayer en emplois et en places, représenter le pain quotidien, et même, sous la forme, toujours prestigieuse en France, de la retraite, promettre le pain des vieux jours, il faut bien reconnaître que, de la part des votants comme de la part du candidat, la partie est singulièrement intéressée ».

Jacques Bainville, Journal 1901-1918 (Plon), p. 145.

La vie après le barreau (suite) notes de lecture

L’ETE EST L’OCCASION DE SE DETENDRE ET DE SE REPOSER. C’EST AUSSI L’OCCASION DE LIRE DAVANTAGE. VOICI QUELQUES NOTES DE LECTURE. IL Y EN AURA D’AUTRES.

« Adios »  de Kléber HAEDENS (Grasset, 1974). Ce livre a obtenu le Grand Prix du roman de l’Académie Française. Il s’agit du plus célèbre livre de l’auteur. Un roman d’apprentissage mais ce n’est pas La Recherche . Un journaliste sportif raconte sa vie. La première partie auprès de parents débiles de par leur rigorisme est assez amusante, la seconde me semble moins travaillée et un peu confuse. Belles pages sur le rugby, la corrida, le Sud-ouest. Distrayant, mais je trouve que cette façon d’écrire et de dérouler l’histoire a un peu vieilli. Il y a de meilleures pages de l’auteur.

« Journal d’un étranger à Paris », de Curzio MALAPARTE (Denoël, 1967).  De la hauteur, du grand et du beau. Remarques très intéressantes sur la vie, la guerre, les amis mais aussi les écrivains vivants ou morts (Chateaubriand). Le narrateur est pris au piège de son propre passé ; il revient en France en 1947, notamment pour revoir ses amis. Il est plus ou moins bien reçu. Cependant, poursuivi par la vindicte de Mussolini, il s’était « in fine » très bien conduit. Mais les haines sont tenaces : « Les Français n’aiment pas qu’un étranger ait sur eux un jugement qui n’est pas le leur » (p. 225). A lire avec intérêt, sa seule et unique rencontre avec le dictateur italien.

« Passions » de Jean  SCHLUMBERGER  (Gallimard, 1956). Ce fondateur de la NRF est  aujourd’hui bien oublié. On a publié, il y a une dizaine d’année au moins ses « Notes sur la vie littéraire 1902-1968). « Passions » est une suite de nouvelles très sombres. Les anecdotes qui forment la base des six nouvelles sont intéressantes, mais l’exploitation qui en est faite est très datée. C’est fort bien écrit, dans une langue châtiée, mais la voix des personnages « sonne mal ». Dans la vie, on ne parle pas de cette manière ; encore moins aujourd’hui. Certes, la littérature n’a que des rapports lointains avec la sténotypie, mais l’art du grand écrivain est justement de faire croire que les gens parlent de cette façon (cf le faux parler prolétaire de Céline).

« Correspondance André GIDE- André SUARES 1908-1920, Gallimard, 1963). Une amitié qui n’en a jamais été une, malgré les protestations de GIDE et qui s’est finie en fâcherie ( GIDE étant pour SUARES :  le « Goethe des mouches, le pasteur de Sodome ») . Il n’y a pas de comparaison possible, GIDE me semble nettement en-dessous de SUARES sur le plan du style et de la réflexion. En revanche, Suarès est odieux, complexe, orgueilleux à outrance, et, il faut le dire, désagréable.  Mais quelle culture  !(n’oublions pas qu’il a voulu réconcilier le christianisme avec le paganisme), et quel bonhomme ! Très intéressantes remarques de Suarès sur la littérature et la création. Jubilatoire (pour Suarès).

« Quarante-cinq poèmes » de W.B. Yeats (Poésie/Gallimard, 2003). Lu quelques poèmes de Yeats traduits par Yves Bonnefoy. C’est très beau, mais je me demande si Bonnefoy, par son talent, n’améliore pas un peu l’original. Il a une conception particulière de la traduction. « Traduire c’est d’abord se laisser convaincre ». En ce qui me concerne, je suis plutôt partisan de coller au texte original, et de faire du « mot à mot », si c’est compréhensible. On garde ainsi la saveur exacte de l’original. « Même si le grand chant ne doit plus reprendre/ Ce sera pure joie, ce qui nous reste : / Le fracas des galets sur le rivage, / Dans le reflux de la vague.

De la nécessité de relire les grands orateurs

LES TENORS D’AUTREFOIS ONT LA PAROLE.

Terminé le livre d’André Toulemon  (1883-1981): « La parole moderne » (Librairie Rousseau, 1957). Intéressant. Un principe : se méfier des partisans du moindre effort qui dominent le monde. Ne pas être ennuyeux, mais clair, précis et concis. J’avais compris depuis longtemps que pour gagner des procès il faut mâcher le travail des magistrats. C’est reposant pour eux de trouver une solution possible. Toulemon – qui parle de Briand comme s’il l’avait connu, ce qui est vraisemblable : le bouquin a été publié  en 1957 et Briand est mort en 1932 – donne des recettes. Pour les notes : « il faut que chaque ligne contienne le mot essentiel qui éveillera l’idée qu’on veut se rappeler ». Disposition graphique /Division intellectuelle. Ne pas tourner les pages lorsqu’on plaide ! Eventuellement prévoir un « couplet ». « Répéter et apprendre les premières phrases du début de manière à être sûr de son commencement et à donner à sa parole un élan assuré qu’elle conservera quand elle continuera sans le soutien de la mémoire ». Ne pas être trop passionné non plus. En clair : on n’improvise jamais. Il faut cependant donner l’impression de le faire. On se prépare d’abord dans sa tête, puis on fait son plan. Cela me fait penser aux méthodes enseignées par Jean Guitton (« Le Travail Intellectuel »).

Lu l’ouvrage du Bâtonnier Charpentier (1881-1974), publié en 1961 : « Remarques sur la parole » (LGDJ 1961). Pas mal de remarques de bon sens, et parfois assez subtiles. Evoque les discours « construits tout entiers sur une tirade, moins encore, sur une formule, sur une image, sur un mot prononcé d’une certaine manière, et que tout le reste de la harangue n’a servi qu’à mettre en valeur ».

Conseille d’aller au plus simple, voir comme je le dis souvent au « très gros ». « Les hommes, dès qu’ils se réunissent, sont incapables de s’assimiler des pensées subtiles ou profondes. Ce qui les satisfait, ce sont les vérités sommaires ».

Nota : a fortiori lorsque l’on plaide un dossier après quinze autres confrères. Le magistrat est déjà bien fatigué, à faim, soif, etc. Les démonstrations subtiles, il faut les réserver aux écritures.

Il ne faut pas se mettre à la place du client, sauf à « épouser ses rancunes. C’est le moyen assuré de perdre tout crédit dans l’esprit des juges. Pour gagner leur confiance, il faut regarder l’affaire sous le même angle qu’eux, c’est-à-dire de hait, dominer le débat ».

Pendant les plaidoiries adverses, se garder de toute dénégation superflue. Garder le masque fermé ou feindre le sommeil… Se méfier des impressions d’audience, des signes qu’on croit avoir perçus.


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Xavier RISSELET
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