Archive pour la catégorie 'Vie culturelle'

“Pour te redire que je suis une personne et pour me rappeler que tu en es une. Et toujours elle garde le sourire.”

 UN SPECTACLE FORT : “JE SUIS UNE PERSONNE”…AU THEATRE S. MONTFORT. A VOIR

Etonnant et fort spectacle donné au Théâtre Montfort par la ktha Compagnie: ”Je suis une personne”.

Deux containers (climatisés) superposés à l’entrée, près du Marché aux livres du Parc Georges Brassens. J’étais hier soir dans celui du haut, installé sur des gradins de fortune. Le spectacle, pour deux catégories de spectateurs – ou deux spectacles en un – (une jeune femme en prison qui raconte des fragments de sa vie, lorsqu’elle était dehors) passe de l’un à l’autre.

Quand elle est en bas, la scène est reproduite en vidéo sur la porte du container du haut et réciproquement.

C’est assez acrobatique pour l’actrice…qui doit perdre plusieurs kg chaque soir ! Le monologue est beau et poétique.

La vraie liberté est celle de l’imaginaire. On a beau être enfermé, on reste libre si notre esprit est ailleurs.

Ambiance un peu oppressante. Mais la porte s’ouvre à la fin, et la comédienne (qui est aussi trapéziste : Camille Voitellier) nous salue depuis la rue…

Vive la liberté donc.

Nicolas Bouchaud – éblouissant – donne forme et vie à un entretien avec Serge Daney dans “La Loi du Marcheur”

Pour Carole.

« Exister sur un plateau, c’est inventer une durée à soi, mais partageable avec d’autres. » C’est ce que confie Nicolas Bouchaud (quel magnifique acteur !) à propos de « La Loi du Marcheur », mise en scène de façon brillante et intelligente par Eric Didry et donnée au Théâtre du Rond Point. Un moment d’intelligence, d’humour et de passion à mettre en parallèle avec les vociférations extérieures de certains fondamentalistes !

Les entretiens donnés par Serge Daney (1944-1992) – les questions sont oubliées – qui forment la base du spectacle sont portés, transformés, digérés, magnifiés par Nicolas Bouchaud. Ce n’est pas une lecture, mais un vrai spectacle (avec projection d’un extrait de film…et on en dira pas tout). L’acteur donne à penser et se donne aussi beaucoup lui-même. Ce n’est ni une parodie, ni une imitation. On devrait dire une « transposition » ludique (c’est souvent très drôle) et subtile d’un texte – parfois difficile – sur le cinéma en général.  Nicolas Bouchaud est un « passeur ». Quel investissement physique et quelle volonté !  Il incarne littéralement son texte, n’hésitant pas à dialoguer avec le public (excellent ce dimanche). Bouchaud ou Daney ? Daney ou Bouchaud ? Un moment d’intelligence à ne pas manquer.

Jérémie Le Louët : un acteur prodigieux qui donne au “Horla” de Maupassant des accents de Shakespeare

Je recommande chaleureusement « Le Horla » de Guy de Maupassant, interprété et mis en scène par Jérémie Le Louët au théâtre Mouffetard. Chacun connaît ce texte sur la folie. Mais ici, l’acteur en fait un drame shakespearien terrifiant. Dans un rôle de composition parfaitement mené, avec des jeux de voix allant du murmure aux cris, on perçoit la montée de la folie chez un homme qui vit non loin de Rouen, sur les bords paisibles de la Seine. La gestuelle, les lumières  (extraordinaires), la mise en scène dépouillée rendent intense le drame de cet homme qui, pour se débarrasser du « Horla » qui s’est emparé de lui, n’a plus qu’une seule solution…Allez vite découvrir ce jeune acteur hors du commun…

De Josquin Desprez à Caroline Marçot avec la Maîtrise et les Sacqueboutiers : une musique qui monte jusqu’aux cîmes !

CONCERT DU MARDI 6 DECEMBRE 2011 A N.D. DE PARIS.

Hier soir à Notre Dame, concert de la Maîtrise de N-D de PARIS avec les Sacqueboutiers de Toulouse. L’ensemble était dirigé par Lionel Sow. Musiques du XV ET XVIe siècle avec une incursion très réussie dans la le XXI (trois pièces magnifiques de Caroline Marçot, née en 1974). J’aime ces polyphonies de la Renaissance, ce soir là, consacrées à Marie. On retiendra le toujours touchant et sublime Josquin Desprez , et les voix des sopranos qui montent et se perdent dans les voûtes. L’ensemble des musiciens s’est déplacé au centre de la nef pour interpréter au milieu du public les deux dernières pièces. Un moment de plaisir et de méditation.

La boulersante Dixième symphonie de Mahler jouée par l’Orchestre National de France : des voix qui résonnent de loin et qui nous touchent

Dixième symphonie de Gustav Mahler (dans la version de Deryck Cooke) par l’Orchestre National de France, dirigé par Daniele Gatti. C’était hier soir au Châtelet. Musique bouleversante quand on connaît un peu sa genèse. Interprétation magique, sans pathos. Nullement sirupeuse, mais franche et mettant en évidence toutes les finesses des pupitres. Cette symphonie est sans doute  le « tombeau » du musicien et de sa femme Alma (avec laquelle il entretenait des rapports assez difficiles). La partition est truffée de mots d’amour du compositeur pour sa femme. Mais y figurent aussi des mots de désespoir. Mahler se sait perdu.

Perfection des cordes dans les deux magnifiques thèmes du premier mouvement. Etrange  dernier coup de caisse dans le Scherzo, inspiré par un fait divers à Manhattan qui avait beaucoup touché Mahler. Génial Finale avec les coups répétés de la grosse caisse (« les battements de tambour s’égrènent comme pour planter les clous d’un cercueil »). Et quel solo de flûte !  Mais la douceur et la paix reviennent pour  tout sublimer. On part dans les hauteurs du ciel. Les musiciens se sont figés dans leur dernier accord. Gatti peut baisser la baguette. Dix secondes de silence. Puis le crépitement des applaudissements. Grande soirée d’émotion.

De Paul Klee à Auguste Rodin : 300 dessins à admirer en ce moment au musée Rodin

Exposition de dessins de Rodin (« La saisie du modèle Rodin 300 dessins 1890-1917 ». Musée Rodin). Une idée qui m’est venue en lisant le merveilleux journal de Paul Klee (p. 126) : « Le plus grand artiste qu’il me fut donné de voir. Des contours tracés au crayon, un ton de chair placé d’un coup de pinceau à l’aquarelle, une idée de vêtement tout juste indiquée par une autre couleur, au besoin verdâtre. C’est tout et d’un effet monumental. » Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé. C’est puissant, et presque toujours très sexué. Mais ce n’est jamais indécent, ni vulgaire. Il n’y a pas de pornographie chez Rodin. Quel drôle de bonhomme tout de même. Je vais aller voir les dessins de Bourdelle (qui a travaillé dans l’atelier de Rodin), pour comparer un peu.

Rodin sur la fin. Une feuille entièrement colorée à l’aquarelle (plusieurs couleurs). Léger dessin au trait dans le genre de Matisse. Effet moderne garanti.

De Fanny Ardant à Joyce Carol Oates en passant par Paul Fort. A propos de la Pensée Magique.

Pour Fanfan.

« L’ Année de la pensée magique » au Théâtre de l’Atelier avec Fanny Ardant  est un spectacle fort, triste et perturbant. Une femme raconte la mort de son mari et de sa fille. Elle s’en sort grâce la littérature (c’est exactement le thème que Joyce Carol OATES évoque dans son dernier livre : « J’ai réussi à rester en vie »). Fanny Ardant a une voix qui porte assez peu et dont la sensualité se perd un peu au théâtre. Mais elle a une sacrée présence et quelle « princesse » de femme ! Le couple ne s’entendait pas forcément toujours bien. Mais l’absence éternelle est difficilement supportable. Comme le dit Paul Fort : « Il faut nous aimer sur terre/ Il faut nous aimer vivants/Ne crois pas au cimetière. /Il faut nous aimer avant/Ma poussière et ta poussière deviendront le gré des vents.”

A la Manufacture des Abbesses : Frédéric Landenberg illumine l’étrange confession du pasteur Burg de Jacques Chessex

« La confession du pasteur Burg », adaptée par Didier Nkebereza, est jouée par Frédéric Landenberg, à la Manufacture des Abbesses. Le texte de Jacques Chessex est difficile, mais il est magnifié par un acteur prodigieux.

Le pasteur Burg est coincé entre le désir et les lois morales et sociales. Il rêve de se venger d’un homme puissant (qu’il déteste, le considérant comme un perverti), dénommé H., en s’en prenant à sa fille chérie Geneviève. Cependant, cette dernière, va transformer (convertir ?) le pasteur, grâce à l’amour.

Malheureusement, elle va mourir.

Cette histoire atroce repose sur des mythes archaïques. S’y mêlent les notions de faute, de châtiment, de rédemption. L’homme est comptable de tout ce qu’on a amené dès l’origine. Il faut payer la note comme dans Strindberg. Il ne faut pas défier Dieu.

Ivanov au TOP dans la traduction d’André Markowitch et de Françoise Morvan

Je ne suis pas un ardent admirateur de Tchekhov. Pour en avoir le cœur net, je suis allé voir Ivanov au Théâtre de l’Ouest Parisien, monté par Jacques Osinski. Cette  production est  formidable. Comme quoi, il ne faut jamais renoncer.  Ivanov est un homme assez banal, criblé de dettes et dont la femme se meurt. A peine la jeune Sac ha épousée, Ivanov meurt subitement. Dans un décor fait de boiseries esquissées, de quelques fauteuils et de lampes modernes, les personnages évoluent dans une atmosphère lourde et pesante. Beaucoup de choses dites et surtout non dites. Que de silences pesants ! Le drame qui se joue est celui de tous les jours, par-delà les frontières de la Russie. On nous dit que cette version est la première du maître russe et la meilleure. On veut bien le croire. Les acteurs (il faudrait tous les citer) sont parfaits de naturel, de profondeur et de sensibilité. On donnera la palme à Vincent Berger qui campe un Ivanov moderne et touchant,  et à Grétel Delattre (en Anna Pétrovna) frémissante. Grand moment.

Falk Richter : “Sous la glace” au théâtre 71 de Malakoff

« Sous la glace » de Falk Richter, auteur allemand né en 1969. Mise en scène d’Andrea Novicov au Théâtre 71 de Malakoff. Pièce grinçante sur le monde moderne, inspirée de façon plus ou moins lointaine de l’entreprise et de ses cadres dynamiques). En réalité, il s’agit d’une attaque en règle, menée parfois avec beaucoup d’humour, du système capitaliste qui, poussé dans ses extrémités, brise l’individu avec le consentement tacite de ce dernier. Une vision très noire et très dure de la société. On ne ressort pas indemne de cette pièce, le silence qui suit la fin de la représentation, avant le crépitement des applaudissements (très chaleureux hier soir) en est la preuve. Mise en scène sophistiquée, efficace et inventive (étrange tube cathodique, – aux multiples sens symboliques  - tournant sur lui-même, au milieu de la scène !) et acteurs prodigieux : Ludovic Chazaud, Baptiste Coustenoble et Roberto Molo). A voir absolument.

Page suivante »


contact

Xavier RISSELET
6, rue d’Astorg – 75008 PARIS
+33 (0) 1 47 42 10 12
xrisselet@wanadoo.fr


http://www.wikio.fr

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.