ON A INTERET A SE BATTRE POUR OBTENIR LA DIMINUTION D’UNE PRESTATION COMPENSATOIRE DEMESUREE
Un jugement avait condamné M. X. à verser à son épouse une somme de 400.000 € à titre de prestation compensatoire. En cause d’appel cette dernière demandait 500.000 €.
Grâce à un travail conséquent tant au niveau des pièces que du droit, et avec une étroite collaboration avec l’avoué, nos moyens ont porté. En effet, la Cour a réduit de moitié le montant de la prestation compensatoire. La motivation retenue est intéressante, notamment dans la mesure où elle prend en considération l’importance des sommes versées au titre du devoir de secours :
« Considérant qu’en application des articles 270 et suivants du code civil, le divorce met fin au devoir de secours mais l’un des époux peut être tenu de verser à l’autre une prestation destinée à compenser, autant qu’il est possible, la disparité que la rupture du mariage crée dans leurs conditions de vie respectives ; que cette prestation, qui a un caractère forfaitaire, est fixée selon les besoins de l’époux à qui elle est versée et les ressources de l’autre en tenant compte de la situation au moment du divorce et de l’évolution de celle-ci dans un avenir prévisible ; qu’elle prend la forme d’un capital dont le montant est fixé par le juge qui décide des modalités selon lesquelles elle s’exécutera, et que c’est seulement à titre exceptionnel, en raison de l’âge ou de l’état de santé du créancier ne lui permettant pas de subvenir à ses besoins, qu’une rente viagère peut être accordée ;
Considérant que dans la détermination des besoins et des ressources, le juge prend en considération notamment, la durée du mariage, l’âge et l’état de santé des époux, leur qualification et leur situation professionnelles, les conséquences des choix professionnels faits par l’un des époux durant la vie commune pour l’éducation des enfants et du temps qu’il faudra encore y consacrer ou pour favoriser la carrière de son conjoint au détriment de la sienne, leur patrimoine estimé ou prévisible, tant en capital qu’en revenu après la liquidation du régime matrimonial, leurs droits existants et prévisibles et leur situation respective en matière de pension de retraite ;
Considérant que [l’épouse] sollicite le versement de la somme de 500.000 euros ; que [le mari] propose celle de 160.000 euros ;
Considérant que le mariage a duré 28 ans ; que les époux sont âgés respectivement de 58 ans pour le mari et de 57 ans pour la femme, aucun problème de santé n’ayant été mentionné ; qu’ils ont eu trois enfants, désormais majeurs ; qu’ils ont acquis en indivision, pour moitié chacun, une maison située dans […] évaluée à la somme de 65.700 €, selon le rapport d’expertise établi par Maître B., le 2 mars 2009 ; qu’ils détiennent également le bien situé à P., estimé selon l’expert, à la somme de 388.600 € ;
Considérant que [l’épouse], qui exerçait l’activité d’assistante sociale, a cessé son activité professionnelle pour se consacrer à l’éducation des enfants et pour suivre son époux, au gré de ses affectations, la dernière étant située en Allemagne ; que selon un relevé de carrière établi le 29 septembre 2006 par la C., ses droits à la retraite seraient évalués à 11 ans 7 mois et 18 jours, étant précisé cependant qu’elle ne pourrait percevoir aucune pension de cet organisme faute de totaliser 15 ans de service ; que selon le relevé établi par la C., le 20 octobre 2006, au titre du régime général, elle a validé 32 trimestres ; qu’elle a été employée, en qualité d’assistante sociale au […], en dernier lieu du ler mai 2000 au 24 juillet 2003 ; qu’il ne peut être sérieusement discuté qu’elle éprouvera des difficultés pour retrouver un emploi ; qu’elle détient, en propre, un terrain nu situé en […], évalué à la somme de 6.562,28 € selon les informations contenues dans l’attestation sur l’honneur signée le 23 juin 2011, [le mari] ne justifiant pas d’une estimation supérieure ; qu’ainsi, à l’exception du devoir de secours versé par [le mari], elle ne perçoit aucun revenu ;
Considérant que [le mari] exerce la profession de pilote d’essai […], dans le cadre d’un contrat de travail à durée indéterminée ; que selon ses dires, il perçoit un revenu mensuel moyen de l’ordre de 21.468,72 euros ; qu’il évalue le montant de sa pension, à compter du 1er octobre 2013, date de son départ en retraite, à la somme mensuelle d’environ 8.500 euros, s’appuyant pour se faire sur une simulation faite sur internet qui ne comportait aucune indication chiffrée ;
Considérant que le prêt principal souscrit par le couple pour acquérir le bien immobilier situé à P. vient à échéance en septembre 2013, une somme d’environ 46.000 euros restant encore à rembourser ; que [l’épouse] ne peut tirer argument de l’existence de comptes bancaires détenus par son époux, ces comptes de dépôt et d’épargne, ouverts auprès de […], ayant été énumérés dans le rapport d’expertise de Maître B. et pris en considération dans le cadre de la liquidation du régime matrimonial ; que l’expert judiciaire a relevé l’absence de preuve quant à la détention par [le mari] de stocks options chez […] ;
Considérant que les éventuelles sommes détournées par [le mari] feront l’objet d’une réintégration dans l’actif de communauté, à charge pour [l’épouse] d’en rapporter la preuve ; qu’à défaut, elle n’est pas fondée à exciper de l’existence de détournement de fonds ; qu’enfin, compte tenu du paiement du devoir de secours, elle a perçu, à la date du présent arrêt, une somme supérieure à 160.000 euros, grevant d’autant les ressources [du mari] depuis la date de l’ordonnance de non-conciliation ;
Considérant que les parties se sont mariées sans contrat de mariage préalable ; que la prestation compensatoire ne saurait corriger les conséquences du régime matrimonial librement choisi par les époux ; qu’au surplus, la prestation compensatoire n’est pas destinée à égaliser les fortunes mais à permettre de pallier l’importance du déséquilibre des situations économiques respectives des époux ;
Qu’il s’ensuit que le prononcé du divorce crée une disparité dans les conditions de vie respectives des époux au détriment de la femme ; que cette disparité sera compensée par la condamnation [du mari] à verser à [l’épouse] une prestation compensatoire d’un montant de 200.000 euros sous forme de capital ; que le jugement déféré sera infirmé en ce sens. »
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